Parker Solar Probe
Lancée en 2018, Parker Solar Probe est la première sonde à avoir littéralement « touché » le Soleil, en plongeant à plusieurs reprises directement dans sa couronne — l'atmosphère extérieure de notre étoile.
Voir sa position actuelle dans l'exploration 3D →Une mission portant le nom d'un scientifique vivant
Lancée le 12 août 2018, la sonde porte le nom d'Eugene Parker, l'astrophysicien qui a prédit dès 1958 l'existence du vent solaire — ce flux continu de particules chargées émises par le Soleil. C'est la première mission de la NASA nommée en l'honneur d'une personne encore vivante au moment du lancement ; Eugene Parker a assisté au décollage et est décédé en 2022.
L'objectif de la mission est de répondre à des questions vieilles de plusieurs décennies : pourquoi la couronne solaire, l'atmosphère extérieure du Soleil, est-elle des centaines de fois plus chaude que sa surface visible, et qu'est-ce qui accélère le vent solaire à des vitesses supersoniques ?
Un bouclier thermique pour survivre à 1 400°C
Pour s'approcher d'aussi près du Soleil, Parker Solar Probe est protégée par un bouclier thermique de 11,4 centimètres d'épaisseur, composé de deux panneaux de fibre de carbone renforcée séparés par une mousse de carbone isolante. Ce bouclier, appelé TPS (Thermal Protection System), résiste à des températures de surface dépassant 1 400°C lors des passages les plus proches, tout en maintenant les instruments scientifiques situés dans son ombre à une température ambiante confortable d'environ 30°C.
La sonde est équipée de capteurs qui détectent automatiquement toute déviation de son orientation par rapport au Soleil, et peut se réorienter en quelques secondes pour maintenir le bouclier exactement face à l'astre — une erreur d'alignement prolongée serait fatale à la mission.
L'objet le plus rapide jamais construit
Chaque orbite rapproche progressivement Parker Solar Probe du Soleil, grâce à une série d'assistances gravitationnelles de Vénus qui freinent la sonde et resserrent son orbite elliptique. Portée par l'intense gravité solaire lors de ses approches les plus proches, elle atteint des vitesses vertigineuses : en décembre 2024, elle a dépassé les 190 km/s (soit environ 690 000 km/h), devenant l'objet le plus rapide jamais construit par l'humanité — assez rapide pour relier Paris à New York en une trentaine de secondes.
Lors de cette même orbite, la sonde s'est approchée à seulement 6,1 millions de kilomètres de la surface du Soleil, largement à l'intérieur de l'orbite de Mercure, établissant le record de l'objet artificiel s'étant le plus approché d'une étoile.
Les images les plus proches jamais prises du Soleil
Cette image brute, capturée par l'instrument WISPR (Wide-field Imager for Solar Probe) le 25 décembre 2024 lors du survol record de la sonde à 6,1 millions de kilomètres du Soleil, montre directement des filaments de vent solaire s'échappant de la couronne — la région même que Parker Solar Probe a été conçue pour traverser physiquement. Les fines lignes visibles dans l'image sont les traces laissées par des grains de poussière interplanétaire percutant le capteur à grande vitesse, un phénomène désormais familier aux équipes de la mission.
Contrairement aux images spectaculaires et colorées habituellement diffusées par les observatoires solaires en orbite terrestre, cette vue brute et en niveaux de gris illustre la réalité du travail scientifique : ce sont des données de ce type, patiemment analysées, qui permettent de mesurer directement la structure et la vitesse du vent solaire à sa source, plutôt que de la déduire indirectement depuis la distance de la Terre.
Ce que Parker a découvert
En traversant physiquement la couronne solaire, Parker Solar Probe a observé des « switchbacks » — des inversions soudaines et temporaires du champ magnétique solaire, en forme de zigzag, dont l'origine reste débattue mais qui pourraient jouer un rôle clé dans le réchauffement de la couronne et l'accélération du vent solaire. La sonde a également identifié la zone précise où le vent solaire devient supersonique, et a cartographié la « zone d'évitement de poussière » près du Soleil, une région où la chaleur intense vaporise les grains de poussière interplanétaire.
La mission doit se poursuivre jusqu'en 2025 au minimum, avec des orbites de plus en plus proches du Soleil à mesure que son carburant s'épuise et que son altitude minimale continue de descendre.
Pourquoi il est si difficile d'atteindre le Soleil
Contrairement à l'intuition, foncer droit sur le Soleil est l'une des manœuvres les plus coûteuses en énergie de tout le système solaire — bien plus que de le quitter entièrement. La Terre, et toute sonde lancée depuis elle, se déplace déjà à environ 30 km/s autour du Soleil ; pour « tomber » vers l'astre plutôt que de continuer à l'orbiter à cette vitesse, il faut annuler la quasi-totalité de cette vitesse latérale, une dépense de carburant considérable qu'aucune fusée actuelle ne peut fournir en une seule fois.
C'est pourquoi Parker Solar Probe ne plonge pas directement vers le Soleil au lancement, mais utilise sept survols successifs de Vénus, échelonnés sur plusieurs années, pour freiner très progressivement sa vitesse orbitale et resserrer son ellipse à chaque passage — la même logique d'assistance gravitationnelle que les sondes Voyager, mais utilisée ici pour ralentir plutôt que pour accélérer.