Des techniciens fixent le disque doré (Golden Record) sur la sonde Voyager 1 en 1977
NASA / JPL, domaine public

Voyager 1

Lancée en 1977 pour un simple survol de Jupiter et Saturne, Voyager 1 est devenue le premier objet construit par l'humanité à quitter le domaine d'influence du Soleil. Elle vole encore aujourd'hui, à plus de 22 heures-lumière de la Terre.

Voir sa position actuelle dans l'exploration 3D →
Lancement
1977
Agence
NASA
Distance actuelle
>160 UA du Soleil
Vitesse
~17 km/s
Statut
Espace interstellaire depuis 2012

Un lancement pour un « Grand Tour » raccourci

Voyager 1 décolle le 5 septembre 1977 depuis Cap Canaveral, seize jours après sa sonde jumelle Voyager 2, mais sur une trajectoire plus rapide qui lui permet de l'atteindre puis de la dépasser. Elle profite d'un alignement planétaire favorable, exploité par la NASA pour un programme de survols en chaîne : chaque planète géante offre à la sonde une assistance gravitationnelle qui l'accélère et la redirige vers la suivante, sans consommer de carburant supplémentaire.

Voyager 1 survole Jupiter en mars 1979, révélant des volcans actifs sur la lune Io — la première activité volcanique observée ailleurs que sur Terre — puis Saturne en novembre 1980. C'est lors de ce second survol que la trajectoire de la sonde est délibérément déviée vers le nord du plan du système solaire, pour permettre un passage rapproché de Titan, la plus grande lune de Saturne. Ce choix scientifique met fin à tout espoir de visiter Uranus et Neptune : Voyager 1 quitte définitivement le plan de l'écliptique.

La sortie du système solaire

Après Saturne, Voyager 1 poursuit sa route vers l'extérieur du système solaire pendant plus de trois décennies. Le 25 août 2012, elle franchit l'héliopause — la frontière où le vent solaire, ce flux continu de particules chargées émises par le Soleil, cède la place au milieu interstellaire qui baigne le reste de la galaxie. Voyager 1 devient ainsi le premier objet construit par l'humanité à sortir de l'héliosphère et à entrer officiellement dans l'espace interstellaire.

Les scientifiques ont confirmé ce franchissement grâce à une augmentation nette de la densité du plasma environnant, mesurée par les instruments de la sonde — une signature caractéristique du milieu interstellaire, bien plus dense que le vent solaire raréfié. Depuis, Voyager 1 continue de s'éloigner à environ 3,6 unités astronomiques (UA) par an, soit plus de 17 km par seconde.

Le Golden Record

Voyager 1 transporte un objet unique dans l'histoire de l'exploration spatiale : le Golden Record, un disque phonographique en cuivre plaqué or de 30 centimètres de diamètre, gravé sous la direction de l'astronome Carl Sagan. Il contient 115 images codées, des sons de la Terre (vagues, vent, animaux, rires), des salutations en 55 langues humaines, ainsi qu'une sélection de musiques allant de Bach à des chants traditionnels de multiples cultures.

Le disque est accompagné d'une pochette gravée d'instructions symboliques pour le lire, et d'un diagramme indiquant la position du Soleil par rapport à quatorze pulsars — une sorte de carte permettant à d'éventuels découvreurs, dans un futur extrêmement lointain, de localiser son point d'origine. Il ne s'agit pas d'un message destiné à être reçu de notre vivant : le Golden Record est avant tout un témoignage laissé aux étoiles.

Le « point bleu pâle »

La Terre photographiée par Voyager 1 depuis plus de 6 milliards de kilomètres, apparaissant comme un minuscule point bleu pâle dans un rayon de lumière solaire diffusée
NASA / JPL-Caltech, domaine public

Le 14 février 1990, alors que Voyager 1 achevait sa mission planétaire primaire et s'apprêtait à quitter définitivement le plan du système solaire, l'équipe de mission a exceptionnellement retourné ses caméras vers l'intérieur pour photographier la Terre depuis plus de 6 milliards de kilomètres — une idée portée avec insistance par l'astronome Carl Sagan, membre de l'équipe scientifique. Sur l'image, notre planète entière n'occupe qu'un seul pixel, un minuscule point suspendu dans une bande de lumière diffusée par le Soleil à l'intérieur même de l'objectif de la caméra.

Sagan popularisa cette image sous le nom de « Pale Blue Dot » (point bleu pâle) et en tira une réflexion célèbre sur la fragilité et l'isolement de la Terre dans l'immensité cosmique. Ce fut la dernière photographie prise par Voyager 1 : ses caméras furent éteintes peu après pour économiser l'énergie restante, rendant cette image d'autant plus symbolique — le dernier regard de la sonde vers son monde d'origine avant de plonger définitivement vers l'espace interstellaire.

Une mission qui défie le temps

Voyager 1 fonctionne grâce à trois générateurs thermoélectriques à radioisotope (RTG), qui convertissent la chaleur de la désintégration naturelle du plutonium-238 en électricité. Cette source d'énergie décline lentement, d'environ 4 watts par an, obligeant l'équipe de mission à éteindre un à un les instruments scientifiques non essentiels pour préserver l'alimentation des plus importants, dont les détecteurs de champ magnétique et de rayons cosmiques.

Malgré ses plus de 45 ans de service et une distance qui rend chaque communication radio longue de plus de 22 heures dans chaque sens, Voyager 1 continue de transmettre des données. La NASA espère maintenir au moins un instrument actif jusque vers 2025-2030, avant que l'énergie disponible ne devienne insuffisante pour faire fonctionner quoi que ce soit, y compris l'émetteur radio lui-même.

Où se trouve Voyager 1 aujourd'hui

Voyager 1 est actuellement l'objet le plus lointain jamais envoyé par l'humanité, à plus de 160 UA du Soleil — soit environ 24 milliards de kilomètres — et continue de s'en éloigner. À cette distance, elle a quitté depuis longtemps le disque des planètes et traverse une région où la densité de matière est extrêmement faible. Sa position exacte, extrapolée à partir de sa vitesse et de sa trajectoire connues, est visible dans l'exploration 3D d'Astrolab 3D.

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