Météorites
Trois mots pour un même caillou, selon l'endroit exact où on le croise : dans l'espace, dans le ciel, ou entre nos mains.
Météoroïde, météore, météorite
Ces trois termes désignent en réalité les trois étapes du même voyage. Un météoroïde est un petit fragment de roche ou de métal, souvent pas plus gros qu'un caillou, qui circule librement dans l'espace. Lorsqu'il pénètre l'atmosphère terrestre à très grande vitesse et s'échauffe par friction jusqu'à s'embraser, on parle de météore — l'« étoile filante » que l'on aperçoit furtivement dans le ciel nocturne. S'il ne se désintègre pas entièrement et qu'un fragment atteint le sol, ce fragment devient une météorite.
La quasi-totalité des météoroïdes se consument entièrement avant d'atteindre le sol ; seule une infime fraction survit assez longtemps pour devenir une véritable météorite.
Trois grandes familles
Les chondrites, pierreuses, représentent l'immense majorité des météorites trouvées sur Terre. Elles doivent leur nom aux chondres, de minuscules billes minérales figées qui datent de la toute formation du système solaire, il y a plus de 4,5 milliards d'années — elles comptent parmi les objets les plus anciens et les mieux préservés que l'on puisse étudier en laboratoire. Les sidérites, presque entièrement composées d'un alliage de fer et de nickel, proviendraient du noyau de très anciens astéroïdes différenciés, détruits par collision. Les lithosidérites, plus rares, mélangent les deux : un réseau métallique enchâssant des cristaux minéraux, comme dans les célèbres pallasites.
Quelques météorites, plus rares encore, proviennent directement de la Lune ou même de Mars — éjectées dans l'espace par un impact violent avant de finir leur course sur Terre des millions d'années plus tard.
Quand l'impact change tout
La plupart des chutes passent inaperçues, mais certaines ont marqué l'histoire. Le cratère de Chicxulub, au Mexique, correspond à l'impact d'un astéroïde d'environ 10 kilomètres de diamètre survenu il y a 66 millions d'années — l'événement le plus souvent associé à l'extinction des dinosaures non aviaires. Plus récemment, en 2013, la météorite de Tcheliabinsk, en Russie, a explosé dans l'atmosphère avec une énergie équivalente à plusieurs centaines de kilotonnes de TNT, blessant plus d'un millier de personnes — presque exclusivement à cause du souffle brisant les vitres, sans qu'aucun fragment massif n'ait touché quiconque.
La plus grosse météorite jamais retrouvée intacte, Hoba, en Namibie, pèse environ 60 tonnes et n'a jamais été déplacée depuis sa découverte : elle repose toujours à l'endroit exact où elle est tombée.
La traînée de Tcheliabinsk
Le 15 février 2013, un astéroïde d'environ 20 mètres de diamètre est entré dans l'atmosphère au-dessus de la région russe de Tcheliabinsk à plus de 60 000 km/h, bien plus rapide qu'une rentrée spatiale ordinaire. Il a explosé en plein vol à une altitude d'environ 30 km, libérant une énergie estimée à près de 30 fois celle de la bombe d'Hiroshima et laissant dans le ciel matinal cette traînée de fumée et de poussière, restée visible pendant plusieurs minutes et photographiée par des milliers de dashcams et de témoins à travers la ville.
Cet événement reste le plus important de ce type observé depuis l'explosion de la Toungouska en 1908, et le seul à avoir jamais fait des victimes directement liées à un impact documenté : environ 1 500 personnes ont été blessées, presque toutes par des éclats de verre projetés lorsque l'onde de choc a brisé les fenêtres des bâtiments environnants quelques minutes après le passage du bolide. L'événement a servi de signal d'alarme pour la communauté de la défense planétaire, car un objet de cette taille, trop petit pour être détecté par la plupart des systèmes de surveillance de l'époque, n'avait été repéré par aucun télescope avant son entrée dans l'atmosphère.
Où et comment on les retrouve
Les météorites tombent statistiquement de façon à peu près uniforme sur toute la surface du globe, mais on ne les retrouve pas partout avec la même facilité : il faut un terrain où une roche sombre et étrangère se détache nettement du décor, et où elle ne s'altère pas trop vite. Les déserts chauds (Sahara, péninsule arabique) et surtout l'Antarctique sont les terrains de chasse privilégiés des chercheurs : sur la glace bleue immaculée du continent austral, une météorite sombre est repérable à des dizaines de mètres, et le froid extrême limite considérablement son altération depuis sa chute, parfois survenue des dizaines de milliers d'années plus tôt.
Ce sont ces expéditions polaires méthodiques qui ont permis de collecter la grande majorité des météorites martiennes et lunaires connues à ce jour, des échantillons autrement bien plus coûteux à rapporter directement par une mission spatiale.
Des messagères du passé du système solaire
Au-delà de leur intérêt spectaculaire, les météorites sont un outil scientifique de premier plan. Les chondrites, restées quasiment inchangées depuis 4,5 milliards d'années, permettent de dater précisément l'âge du système solaire et de reconstituer la composition chimique originelle du nuage de gaz et de poussière dont il est né — des informations impossibles à obtenir en observant le Soleil ou les planètes, dont la matière a été profondément transformée depuis leur formation.
Certaines météorites carbonées contiennent même des molécules organiques complexes, dont des acides aminés, ce qui alimente l'hypothèse selon laquelle les bombardements de météorites survenus durant la jeunesse de la Terre auraient pu apporter une partie des briques chimiques nécessaires à l'apparition de la vie.